Allergen labeling aux États-Unis : obligations d’étiquetage des allergènes
C’est un bocal de pesto qui a tout déclenché.
Novembre 2021. Je suis dans le bureau d’un importateur à Brooklyn, en train de présenter la gamme d’un de mes clients, un artisan producteur de pestos et sauces en Ligurie française, côté Menton. L’importateur retourne le bocal, lit l’étiquette, et le repose sur la table. “L’étiquetage allergènes n’est pas conforme. On ne peut pas le prendre.”
Le pesto contenait des pignons de pin, du parmesan, de l’huile d’olive. L’étiquette mentionnait les allergènes conformément au règlement européen, en gras dans la liste des ingrédients. Mais aux États-Unis, ça ne suffit pas. Les règles d’allergen labeling américaines ont leur propre logique, et cette logique ne pardonne pas les approximations.
Les neuf allergènes majeurs reconnus par la FDA
Aux États-Unis, la législation sur les allergènes alimentaires repose sur deux textes fondamentaux : le FALCPA (Food Allergen Labeling and Consumer Protection Act) de 2004 et le FASTER Act (Food Allergy Safety, Treatment, Education, and Research Act) de 2021, entré en vigueur le 1er janvier 2023.
Le FASTER Act a ajouté le sésame à la liste, portant à neuf les allergènes majeurs :
- Lait (milk)
- Oeufs (eggs)
- Poisson (fish) avec identification de l’espèce
- Crustacés (crustacean shellfish) avec identification de l’espèce
- Fruits à coque (tree nuts) avec identification du type
- Arachides (peanuts)
- Blé (wheat)
- Soja (soybeans)
- Sésame (sesame)
En Europe, la liste compte 14 allergènes. Cinq allergènes européens ne sont pas dans la liste américaine : céleri, moutarde, graines de lupin, mollusques et sulfites (en dessous de 10 ppm). Inversement, le sésame est réglementaire aux USA mais ne nécessite qu’un étiquetage volontaire dans certains pays européens.
Cette différence de listes piège régulièrement les exportateurs. J’ai vu un fabricant de vinaigrette qui avait parfaitement déclaré la moutarde sur son étiquette française mais oublié de traiter le sésame comme allergène majeur sur la version américaine, parce que sa recette contenait de l’huile de sésame. En France, il avait l’habitude de le mentionner dans la liste des ingrédients. Aux USA, il fallait aller plus loin.
Les deux formats de déclaration acceptés
La FDA impose deux méthodes de déclaration, au choix du fabricant.
Option 1 : la mention “Contains”
Une ligne séparée immédiatement après la liste des ingrédients, commençant par “Contains:” suivi de la liste des allergènes majeurs présents. Exemple : “Contains: milk, tree nuts (pine nuts), wheat.”
C’est la méthode que je recommande à mes clients. Elle est claire, visible, et ne laisse aucune place à l’ambiguïté.
Option 2 : l’identification dans la liste des ingrédients
Chaque allergène est identifié entre parenthèses après l’ingrédient concerné si le nom commun de l’ingrédient ne désigne pas clairement l’allergène. Exemple : “casein (milk)” ou “lecithin (soy)”.
Attention : contrairement à l’Europe, la mise en gras des allergènes dans la liste des ingrédients n’est ni obligatoire ni suffisante aux États-Unis. C’est l’une des erreurs les plus fréquentes que je vois chez les exportateurs européens. Vous avez l’habitude de la mise en gras réglementaire européenne, vous l’appliquez à l’étiquette américaine, et vous pensez être conforme. Vous ne l’êtes pas.
L’histoire de la tartinade aux noisettes
En 2023, j’ai travaillé avec un fabricant du sud-ouest de la France qui produisait une tartinade aux noisettes. Son étiquette européenne était impeccable : “noisettes” en gras dans la liste des ingrédients, “lait” en gras, tout conforme au règlement (UE) n° 1169/2011.
Pour le marché américain, il fallait tout repenser. Les noisettes devaient apparaître comme “hazelnuts” avec la mention parenthétique “(tree nuts)” parce que le consommateur américain cherche le terme “tree nuts” sur l’étiquette, pas “hazelnuts” tout court. La ligne “Contains: milk, tree nuts (hazelnuts)” devait figurer en bonne place.
Mais le vrai casse-tête était ailleurs. Ce fabricant partageait une ligne de production avec des produits contenant des arachides. En Europe, il utilisait la mention de précaution “Peut contenir des traces d’arachides.” Aux USA, cette mention de précaution n’est pas réglementée par le FALCPA. Elle est volontaire. Mais les distributeurs américains l’exigent quasi systématiquement, et la FDA a publié des guidelines en 2024 pour encadrer l’usage du “may contain” (Draft Guidance on Voluntary Allergen Advisory Statements).
Les pièges spécifiques pour les produits français
Quinze ans à faire le pont entre la France et les USA m’ont appris où les ennuis se cachent.
Le vin et les sulfites
En Europe, les sulfites sont un allergène déclaré obligatoire dès 10 ppm. Aux USA, la mention “Contains Sulfites” est obligatoire sur les vins contenant plus de 10 ppm de SO2, mais elle est gérée par le TTB (Alcohol and Tobacco Tax and Trade Bureau), pas par la FDA. Les règles de format et de placement diffèrent. Ne calquez pas votre étiquette vin européenne sur votre étiquette américaine.
Les fromages
Le lait est un allergène majeur aux USA. Sur un fromage, ça semble évident. Mais si votre fromage contient du lysozyme (dérivé d’oeuf), vous devez également déclarer “eggs”. Si votre fromage est affiné sur des planches en bois traitées avec un produit contenant du soja, la question se pose aussi. La FDA raisonne en termes de présence d’allergènes dans le produit fini, quelle que soit l’origine.
Les produits de boulangerie-pâtisserie
Le blé, les oeufs, le lait, les fruits à coque, le sésame… un croissant aux amandes français cumule potentiellement cinq allergènes majeurs sur la liste FDA. L’exercice d’étiquetage devient un travail de précision, surtout quand il faut également répondre aux exigences de l’étiquetage nutritionnel américain sur le même emballage.
La contamination croisée : une zone grise très américaine
Le FALCPA ne légifère pas sur les mentions de précaution liées à la contamination croisée. “May contain”, “processed in a facility that also processes”, “made on shared equipment” sont des mentions volontaires.
Mais ne pas les mettre quand le risque existe, c’est prendre un risque juridique énorme. La responsabilité civile américaine (product liability) ne plaisante pas. Un consommateur allergîque qui fait une réaction à cause d’une contamination croisée non signalée peut engager des poursuites qui se chiffrent en millions de dollars. Ce n’est pas de la théorie : les cabinets d’avocats spécialisés en product liability pullulent aux États-Unis.
Ma recommandation : déclarez toujours les risques de contamination croisée sur votre étiquette américaine, même si la réglementation ne l’exige pas formellement. C’est une protection juridique autant qu’une information consommateur.
Intégrer l’allergen labeling dans votre plan d’exportation
L’étiquetage allergènes n’est pas un sujet isolé. Il s’insère dans un ensemble plus large qui inclut l’enregistrement FDA, la Prior Notice et votre plan de sécurité alimentaire. Traitez-le dès le début de votre projet d’exportation agroalimentaire vers les États-Unis, pas comme un ajustement de dernière minute.
Je vois trop d’entreprises qui finalisent leur recette, leur packaging, leur prix, et puis disent “à propos, il faudrait adapter l’étiquette pour les USA.” C’est l’inverse qu’il faut faire. Partez des contraintes réglementaires américaines et construisez votre packaging autour.
Ce que j’ai appris en regardant des étiquettes des deux côtés
Après quinze ans à comparer des étiquettes françaises et américaines, j’ai développé une conviction forte. Le système américain d’allergen labeling est plus lisible pour le consommateur. La ligne “Contains” en bas de la liste des ingrédients, c’est simple, direct, sans ambiguïté. Un parent dont l’enfant est allergique aux arachides n’a pas besoin de décoder une liste d’ingrédients en cherchant les mots en gras.
Ce n’est pas un jugement de valeur sur le système européen. C’est une observation pragmatique. Et cette observation devrait guider votre approche : ne voyez pas l’adaptation de votre étiquetage comme une contrainte, mais comme une amélioration de l’expérience consommateur.
Si vous avez des questions sur la conformité de vos étiquettes pour le marché américain, je propose un appel découverte pour faire le point sur votre situation. Vous pouvez également consulter notre méthode CAAPS qui intègre la conformité réglementaire dans une stratégie d’entrée sur le marché complète.
Un bocal de pesto, une étiquette non conforme, un référencement perdu. Ce genre d’histoire, je ne veux plus l’entendre. Et avec les bonnes informations dès le départ, vous n’aurez pas à la vivre.
