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Wine & food pairing marketing USA : oubliez le saumon grillé, parlez-leur de burger gourmet

Wine & food pairing marketing USA : oubliez le saumon grillé, parlez-leur de burger gourmet

Wine & food pairing marketing USA : oubliez le saumon grillé, parlez-leur de burger gourmet

Thanksgiving 2022, cuisine de mon ami Jim à Austin, Texas. Une vingtaine de personnes attablées, dinde traditionnelle, patates douces, cranberry sauce, green bean casserole. Mon hôte débouche une bouteille d’un grand cru classé du Médoc qu’un ami lui a offerte. Deux gorgées plus tard, il s’excuse à demi-voix : « I don’t really get it. It’s probably amazing but it doesn’t go with any of this. » Il est reparti vers sa bouteille de Zinfandel californien.

Cette scène m’est restée. Ce n’est pas qu’il n’aime pas le vin français. C’est qu’il n’avait aucune clé pour le boire avec sa vie quotidienne. Les Américains aiment le vin, mais à condition qu’il leur parle de leur table, pas de la nôtre. Le wine food pairing marketing USA est un levier commercial sous-exploité parce que nous, Français, refusons souvent de parler aux Américains de leur propre cuisine.

Je raconte cette histoire à chaque client français qui veut construire sa communication produit pour l’Amérique. Et je lui explique pourquoi il faut apprendre à parler de burgers, de tacos et de Thanksgiving avec autant de sérieux qu’on parle de canard à l’orange.

Le référentiel gastronomique américain, concrètement

Je vais poser un cadre un peu provocant. Les plats autour desquels les Américains construisent leurs repas du dimanche ne sont pas ceux autour desquels la plupart des Français construisent leurs accords mets-vins. Et c’est ça qui bloque la conversion.

Le BBQ est une cuisine en soi, avec ses règles, ses sauces tomatées-sucrées-fumées, ses ribs, son pulled pork. C’est la base de la cuisine familiale du weekend sur tout le Sud et le Midwest américain. Un vin qui ne se positionne pas sur cet usage rate 30 % du marché.

Le burger gourmet est devenu un plat de restaurant haut de gamme dans les grandes villes américaines. On trouve des burgers à 28 dollars dans des établissements où les wine lists comptent 200 références. Un vin qui n’a pas de pairing burger ne trouvera pas sa place.

Le Thanksgiving est le plus gros repas de l’année, plus important émotionnellement que Noël pour la plupart des familles américaines. Toute maison qui espère faire du volume sur le quatrième trimestre doit avoir un angle Thanksgiving dans sa communication.

Les brunchs dominicaux, les tailgate parties avant les matchs, les pique-niques de 4 juillet : autant de moments de consommation sociale où le vin français doit s’intégrer ou disparaître.

Le cas d’un domaine du Languedoc qui a percé avec les ribs

J’ai accompagné un domaine du Languedoc avec un beau Syrah structuré qui ne décollait pas aux États-Unis malgré un bon prix et un bon packaging. L’importateur le positionnait en « pairs well with grilled lamb and herbs de Provence ». Joli, mais stérile pour le consommateur américain moyen.

On a repositionné la communication autour d’un message unique : « The best French red to pair with smoked ribs and pulled pork. » Même vin. Même prix. Fiche produit réécrite. Kit commercial au distributeur revu. Photos produit avec plats américains.

Trois mois après le repositionnement, le distributeur du Texas a multiplié par 4 ses commandes. Un chain de 12 steakhouses à Dallas a pris la référence sur sa wine list. Une blogueuse BBQ avec 80 000 abonnées Instagram l’a recommandée dans un post viral. Résultat sur 12 mois : les ventes Texas et Oklahoma ont représenté 38 % du chiffre US du domaine.

Ce que cette histoire illustre, c’est la puissance du bon pairing culturel. Le Syrah était parfaitement adapté aux ribs, mais personne ne l’avait dit avec les mots du consommateur américain.

Comment construire une grille de pairing pertinente

J’ai mis au point avec mes clients une méthode simple pour traduire leur portefeuille vin vers des pairings américains. Trois étapes.

D’abord, analyser le vin en termes de structure organoleptique nue. Pas par appellation, pas par cépage. On regarde : niveau de tanins, acidité, alcool, niveau de fruité, présence d’élevage bois, dimension umami. Six critères, notés sur une échelle.

Ensuite, on mappe ces critères organoleptiques sur une grille de plats américains. J’ai une matrice que j’utilise. Un vin tannique-fruité-boisé modéré va naturellement vers burger aged cheddar, ribs, pulled pork. Un vin frais-acide-peu alcoolisé va vers oysters, ceviche, grilled fish tacos. Un vin rond-fruité-épicé va vers roasted turkey Thanksgiving, grilled chicken.

Enfin, on valide avec 3-5 consommateurs américains cibles. Dégustation avec le plat réel. On écoute ce qu’ils disent spontanément. Parfois leurs retours renversent notre analyse, ça arrive. C’est précieux.

Les moments calendaires qui font vendre

Le calendrier commercial américain a ses pics que tout domaine export doit connaître.

Thanksgiving (quatrième jeudi de novembre). Pic de consommation vin de l’année. Les consommateurs achètent 2-3 bouteilles pour le repas familial. Stratégie : positionnement « best wine for your turkey » sur les cépages ronds-fruités. Pinot noir, grenache-syrah, riesling demi-sec marchent bien.

Super Bowl (premier dimanche de février). Gros pic chips-et-bière traditionnellement, mais de plus en plus de vin consommé sur les soirées gourmet upscale. Positionnement : « the perfect French wine for your Super Bowl spread ».

Memorial Day (dernier lundi de mai). Premier grand BBQ de l’année. Lancement de la saison été. Positionnement estival pour les rosés, les whites frais, les reds légers.

4th of July. Grillades et pique-niques partout. Même logique que Memorial Day mais avec un angle plus patriotique qu’on ne peut pas vraiment occuper en tant que Français. Mieux vaut jouer le « French touch for your American celebration ».

Labor Day (premier lundi de septembre). Dernier grand weekend d’été. Fin des BBQs avant la rentrée.

Les pairings qui marchent même quand ils ont l’air étranges

Je veux partager quelques pairings moins évidents qui fonctionnent étonnamment bien chez les consommateurs américains.

Champagne et fried chicken. Ça paraît incongru à un palais français. Pour les Américains, c’est devenu un classique post-pandémie, porté par Ina Garten et les chefs de la nouvelle génération. Une maison de champagne de mes clients a gagné 30 % de ventes été en jouant ce positionnement.

Côtes du Rhône et pizza. Combo star chez les jeunes urbains américains. Le domaine qui communique dessus récupère un segment jeune (25-35 ans) qu’on atteint rarement autrement.

Muscadet et shellfish platter. Ça, c’est plus intuitif, mais peu de domaines de la Loire le communiquent aux USA. Les acheteurs de Whole Foods Seafood Department deviennent prescripteurs quand on leur apporte cette clé.

Sancerre et sushi. Les jeunes consommateurs américains mangent énormément de sushi, et beaucoup servent un blanc frais avec. Positionnement alternatif au Sauvignon néo-zélandais qui domine actuellement ce pairing.

Les outils pour déployer cette stratégie sans budget astronomique

Un partenariat avec un food blogger ou une food influencer américaine peut valoir dix campagnes pub traditionnelles. Je recommande à mes clients d’identifier 3-5 creators mid-tier (30 000 à 150 000 abonnés) spécialisés BBQ, comfort food, southern cuisine, ou Thanksgiving. Budget partenariat : 500 à 3 000 dollars par post. Retour : un vrai trafic ciblé vers la fiche produit du vin.

Les wine lists de restaurants modernes sont l’autre levier. Un sommelier qui teste votre vin et trouve un pairing fort avec un plat signature de la maison le pousse ensuite à tous les clients. Le placement vaut largement le coût d’une campagne pub.

Enfin, les fiches pairing imprimées (« recipe cards » en format carte postale) distribuées en caisse dans les wine shops. Coût de production : quasi nul. Impact sur la conversion au point de vente : puissant, parce que la consommatrice repart avec une idée concrète de ce qu’elle va faire avec ce vin ce weekend.

Ce que cette bascule demande de vous

Revenir au dîner de Thanksgiving chez Jim. Ce soir-là, j’ai eu envie d’écrire à mon domaine bordelais préféré pour leur dire : arrêtez de parler de foie gras et de rôti d’agneau dans vos kits US. Parlez-lui de dinde, de cranberry, de green bean casserole. Vos vins ont tout pour briller sur une table américaine, mais il faut leur en donner la clé.

Cette conviction, je la tiens depuis. Mes clients qui acceptent de traduire culturellement leur pairing gagnent des parts de marché. Ceux qui s’entêtent à parler français aux Américains restent dans leur niche de connaisseurs, sans accès au mass-market premium.

Pour travailler cette stratégie, je recommande de la caler avec le plan global d’exporter vins aux USA et avec vos outils de vente directe aux consommateurs, où vos pairings prendront vie au quotidien.

Votre fiche produit Thanksgiving pour cette année est-elle prête ? Il n’est pas trop tard pour y travailler. Discutons 20 minutes de votre portefeuille et des pairings qui peuvent déclencher votre deuxième semestre.

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