Home » Blog » CULTURE & ADAPTATION » 5 Erreurs de traduction qui tuent votre crédibilité business aux USA (Et comment les corriger)
Avant de fonder TransAtlantia, j’ai passé des années à coacher des dirigeants français sur leur anglais professionnel. Ils venaient me voir, inquiets, en me disant : “Christina, je dois améliorer mon anglais pour mes RDV aux US.”
Alors on s’y mettait. On polissait la grammaire, on enrichissait le vocabulaire. Mais très vite, je me suis rendu compte d’un truc fascinant. Leur anglais était souvent excellent. Grammaticalement ? Rien à dire. C’était du Shakespeare (ou presque).
Pourtant, une fois face à un Américain… flop. Le message ne passait pas.
Pourquoi ? Parce que le problème n’était pas linguistique. Il était culturel.
Ils traduisaient leurs phrases françaises mot à mot, emportant avec eux la structure de pensée française : les longues phrases, la voix passive, la prudence, l’abstraction. Aux oreilles d’un Américain, ça ne sonnait pas comme de la compétence. Ça sonnait comme de l’hésitation.
C’est un enjeu critique. Selon une étude de CSA Research, 40 % des acheteurs n’achèteront jamais sur un site dont la langue n’est pas parfaitement localisée. En B2B, où les tickets sont élevés, la moindre friction linguistique peut détruire la confiance instantanément.
Ce n’est pas une question de vocabulaire, c’est une question de psychologie. Voici les 5 erreurs “invisibles” qui signalent immédiatement à un prospect US que vous n’êtes pas prêts pour le marché américain.
Erreur #1 : Le syndrome du "Nous" vs "Vous" (L'approche egocentrée)
En France, c’est presque un réflexe de politesse : on se présente avant de demander quelque chose. Sur les sites web, ça donne des pages d’accueil qui crient : “Notre expertise”, “Notre histoire”, “Nous proposons telle solution”. C’est descriptif, c’est logique… et aux USA, c’est mortel.
L’Américain, lui, est obsédé par une seule question : “So what? What’s in it for me?” (Et alors ? Qu’est-ce que j’y gagne ?).
Si le mot “You” n’apparaît pas avant le mot “We” dans vos premières phrases, vous êtes déjà en train de perdre son attention. Il ne veut pas savoir qui vous êtes (pas encore). Il veut savoir ce que vous pouvez faire pour lui, maintenant.
L’exemple concret :
Français traduit : “We propose a software solution that allows the optimization of logistics flows.” (On s’endort…)
Version US : “Cut your logistics costs by 20% with our automated tracking software.” (Boum. Bénéfice immédiat.)
Comment corriger :
Inversez systématiquement le sujet de vos phrases. Le héros de l’histoire, ce n’est pas votre entreprise. C’est votre client. Comptez le nombre de “We” et de “You” sur votre page d’accueil. Le ratio devrait être de 1 pour 3 en faveur du client.
Erreur #2 : La voix passive et les verbes faibles
Ah, la voix passive… “Il est possible de…”, “La solution permet de…”, “Des économies peuvent être réalisées”. En français, c’est élégant, académique, prudent. Ça fait sérieux.
Aux USA ? Ça sonne faible. Hésitant. Voire irresponsable (qui fait l’action, au juste ?).
L’anglais business est une langue d’action, de mouvement. Les Américains respectent le leadership, et cela se traduit jusque dans la grammaire. Utiliser la voix passive donne l’impression que vous subissez l’action au lieu de la diriger.
L’exemple concret :
Français traduit : “Ideally, the project should be completed by the end of Q3.”
Version US : “We will complete the project by the end of Q3.”
Comment corriger :
Partez à la chasse aux verbes mous comme “to be“, “to make“, “to have”, “to allow“. Remplacez-les par des “Power Verbs” : Boost, Drive, Accelerate, Slash, Guarantee. Ne dites pas “It is allowed to…”, dites “You can…”. Soyez directs.
Erreur #3 : Le piège de la modestie (Understating)
C’est peut-être l’écart culturel le plus difficile à combler pour mes clients français. En France, l’arrogance est mal vue. On préfère suggérer la grandeur plutôt que de l’affirmer haut et fort. On utilise des termes comme “Leader européen” ou “Acteur de référence”.
Le problème ? Aux USA, tout est “Great”, “Amazing“, “The Best”. Dans un pays où le superlatif est la norme, la litote française est interprétée au premier degré.
Si vous dites “Nous essayons de fournir un service de qualité”, l’Américain entend “Ils ne sont pas sûrs d’y arriver”. Si vous dites “Leader européen”, il peut comprendre “Inconnu au bataillon mondialement”. Si vous ne dites pas que vous êtes génial, ils supposeront par défaut que vous êtes médiocre.
L’exemple concret :
Français traduit : “Our ambition is to become a key player in the sector.”
Version US : “The #1 rated solution for high-growth tech companies.”
Comment corriger :
N’ayez pas peur des superlatifs, tant qu’ils sont factuels. Si vous êtes les meilleurs, dites-le. Utilisez des preuves sociales fortes (logos, témoignages, notes). Ne dites pas “Nous visons l’excellence”, dites “We deliver excellence”.
Erreur #4 : Les concepts abstraits vs les résultats concrets
Le marketing français adore vendre une vision, une philosophie, un concept intellectuel. On parle d’ingénierie, de synergie, de globalité, d’approche holistique.
L’Américain est un pragmatique pur et dur. Il n’achète pas un concept, il achète un résultat. Les mots abstraits traduits littéralement sonnent souvent comme du “fluff” (du vent, du remplissage) à ses oreilles. Il veut du concret, du tangible, du mesurable.
L’exemple concret :
Français traduit : “A global synergy for your digital transformation.” (Ça veut dire quoi ?)
Version US : “Increase conversion rates by 15% in 3 months.” (Là, on parle business.)
Comment corriger :
Relisez vos textes. Chaque fois que vous voyez un adjectif qualificatif abstrait (performant, optimal, innovant), remplacez-le par un chiffre ou une donnée. Transformez la qualité en quantité.
Erreur #5 : Les faux-amis du business (Le ton, pas juste les mots)
Certains mots existent dans les deux langues, mais n’ont pas du tout la même charge émotionnelle ou hiérarchique. Ce sont des pièges sournois car Google Translate ne les repère pas toujours.
Voici trois exemples critiques que je vois tout le temps :
Demand vs Ask : En français, “je demande” est neutre. En anglais, “I demand” signifie “J’exige” avec une autorité agressive. J’ai vu des emails de prospection devenir insultants à cause de ça. Utilisez “I ask” ou “I request“.
Propose vs Offer : “Propose” sonne très formel, voire romantique (“marriage proposal“). En business, on utilise “Offer” ou “Suggest“.
Collaborator vs Employee : “Collaborator” a une connotation historique très négative en anglais (pensez Seconde Guerre mondiale). En français, c’est standard et valorisant. Aux US, dites “Team member” ou “Employee“.
Ces micro-erreurs créent une friction inconsciente. Le prospect ne sait pas pourquoi, mais il ne vous “sent” pas. Il y a un truc qui cloche.
Pourquoi l'IA ne suffit pas pour corriger ça
Vous vous dites peut-être : “C’est bon, je vais tout passer dans ChatGPT.” Attention. L’IA est un excellent traducteur de mots, mais un mauvais traducteur d’intentions culturelles si vous ne la guidez pas. Par défaut, elle traduira votre style français… en anglais au style français. Il faut un œil biculturel pour repérer ces nuances et oser transformer radicalement la phrase pour qu’elle touche sa cible.
La traduction n’est pas de la conversion. Pour réussir aux USA, vous devez “localiser” votre discours, pas juste le traduire. Votre crédibilité se joue en quelques secondes. Ne laissez pas une tournure de phrase passive fermer la porte à un contrat à six chiffres.
Vous voulez savoir si votre site web parle vraiment le langage de vos futurs clients américains ? Prenez rendez-vous pour diagnostiquer votre stratégie d’acquisition client U.S. et on regardera ça ensemble.
Ne laissez pas les nuances culturelles freiner votre croissance. Rejoignez le Cercle des TransAtlantic Entrepreneurs pour recevoir chaque semaine votre brief stratégique et éviter les pièges invisibles du marché US.
