Home » Blog » SALES & PROSPECTION » Prix US : 5 erreurs de présentation qui tuent vos deals B2B (et comment les corriger)
Vous avez sans doute remarqué quelque chose d’étrange quand vous parlez avec des Américains.
En France, l’argent est un sujet intime. On ne demande pas combien quelqu’un gagne, on garde le prix pour la fin du repas, et on en parle souvent avec une certaine pudeur. C’est presque vulgaire d’être trop direct sur les chiffres.
Aux États-Unis ? C’est tout l’inverse.
“Money talks.”
Quand je suis arrivée en France il y a 20 ans, j’ai dû apprendre à ne pas demander “Combien tu as payé pour ça ?” ou “C’est quoi ton salaire ?” lors des dîners entre amis. J’ai appris la discrétion.
Mais pour vous, entrepreneurs français qui cherchez à vendre aux États-Unis, le défi est inverse. Vous devez désapprendre cette pudeur.
J’observe souvent des fondateurs de scale-ups ou des directeurs commerciaux français qui arrivent avec une technologie incroyable. Ils ont validé leur “product-market fit” technique. Mais au moment de parler gros sous, le deal capote.
Pourquoi ?
Ils pensent souvent que leur produit est trop cher pour le marché.
Spoiler alert : ce n’est presque jamais le cas.
Le problème, ce n’est pas le chiffre en bas de la facture. Le problème, c’est la manière dont ce chiffre est amené. C’est une erreur de traduction culturelle, pas financière.
Voici les 5 erreurs fatales de présentation de prix que je vois constamment chez les entreprises françaises, et comment les corriger pour transformer votre pricing en levier de confiance.
Erreur #1 : garder le prix pour la fin (le "big reveal" raté)
C’est un classique absolu.
Vous avez préparé une présentation magnifique. Vous passez 45 minutes à expliquer la genèse de votre technologie, la qualité de votre R&D, les fonctionnalités uniques, l’équipe passionnée…
Et tout à la fin, slide 35, vous dévoilez le prix. Souvent rapidement, comme si vous arrachiez un pansement, en espérant que le client soit tellement séduit par les 34 slides précédents qu’il ne remarquera pas la douleur.
En France, cette approche narrative fonctionne. On crée le désir avant de parler logistique.
Mais face à un acheteur américain, c’est une stratégie risquée. Pourquoi ?
Parce que l’Américain est pragmatique et pressé. Dès la 5ème minute, s’il n’a aucune idée de l’ordre de grandeur du prix, une petite voix dans sa tête commence à crier : “Est-ce que je suis en train de perdre mon temps ?”
S’il pense que vous vendez une solution à 10K$ alors qu’il a un budget de 100K$, il s’ennuie.
S’il pense que c’est 100K$ alors qu’il a 10K$, il s’inquiète.
Dans les deux cas, il n’écoute plus votre pitch technique. Il calcule.
La correction : qualifier le budget tôt
N’ayez pas peur de donner une fourchette (ce qu’on appelle un “ballpark figure”) très tôt dans le processus de vente, parfois même avant la démo complète.
Cela montre que vous respectez son temps. Une phrase simple comme : “Nos solutions pour des entreprises de votre taille se situent généralement entre 50k$ et 75k$ par an, est-ce que cela correspond à votre enveloppe budgétaire ?” permet de valider le “fit” immédiatement.
Si c’est oui, vous pouvez dérouler votre argumentaire technique en sachant qu’il écoute vraiment.
Erreur #2 : justifier le prix par le coût (au lieu du profit)
Celle-ci vient directement de notre culture de l’ingénieur.
Quand un prospect américain demande “Pourquoi est-ce si cher ?”, le réflexe français est souvent de se justifier par l’effort fourni :
“Nous avons passé 3 ans en R&D.”
“C’est une technologie brevetée très complexe.”
“Nos ingénieurs sont basés en France, c’est de la haute qualité.”
C’est une justification basée sur vos coûts et votre passé.
Le problème ? L’acheteur américain (surtout s’il est C-Level) se fiche éperdument de vos efforts ou de la complexité de votre code2. Sa seule réalité, c’est : “What’s in it for me?” (Qu’est-ce que j’y gagne ?).
Aux États-Unis, on n’achète pas un produit pour récompenser le travail du vendeur. On achète un résultat futur3.
La correction : pivoter vers le ROI
Ne dites pas “Ça coûte 50k$ parce que c’est complexe à faire”.
Dites “Ça coûte 50k$ parce que cela va vous faire économiser 500k$ en frais opérationnels dès la première année”.
Votre prix doit être présenté comme une fraction minuscule du gain que vous apportez. Si vous réglez un problème à 1 million de dollars, alors payer 100 000 dollars est une affaire en or, peu importe la complexité de votre logiciel.
C’est ce pivot mental qui transforme une dépense (“cost“) en investissement (“investment“). Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à lire mon article sur comment présenter un ROI crédible à un client américain.
Erreur #3 : le syndrome du "low cost" (penser que moins cher = plus attractif)
C’est une erreur que je vois souvent chez les challengers qui veulent pénétrer le marché US.
Le raisonnement est logique : “Personne ne nous connaît encore ici. Pour compenser notre manque de notoriété face aux concurrents américains établis, on va être 20% moins cher.”
Grave erreur.
Aux États-Unis, il existe un adage profondément ancré dans la mentalité business : “You get what you pay for” (On en a pour son argent).
Si vous arrivez avec un prix nettement inférieur au marché, vous n’envoyez pas le signal “bonne affaire”. Vous envoyez le signal “risque élevé”.
L’acheteur américain va se dire :
“S’ils sont si peu chers, c’est qu’il y a un loup.”
“Leur service client doit être inexistant.”
“Ils sont désespérés.”
J’ai vu des clients perdre des appels d’offres, non pas parce qu’ils étaient trop chers, mais parce qu’ils n’étaient pas assez chers pour être pris au sérieux par des grands comptes comme Walmart ou des banques d’investissement.
La correction : assumez un pricing premium
N’ayez pas peur d’être au même prix, voire plus cher que la concurrence locale, si votre proposition de valeur le justifie.
Le prix est un signal d’autorité. Un prix élevé suggère que vous êtes confiant dans votre capacité à délivrer des résultats exceptionnels. C’est paradoxal pour un esprit cartésien, mais aux US, augmenter vos prix peut parfois augmenter votre taux de conversion.
Erreur #4 : l'hésitation au moment de l'annonce (le manque de "confidence")
Imaginez la scène.
C’est le moment fatidique. Le client demande le prix. L’entrepreneur français inspire, baisse légèrement la voix, annonce “C’est 25 000 dollars…”, et enchaîne immédiatement — sans même respirer — par “…mais bien sûr, on peut discuter en fonction du volume et de la durée d’engagement.”
Aïe.
En faisant cela, vous venez de négocier contre vous-même avant même que le client n’ait ouvert la bouche.
Cette micro-hésitation, ce besoin de justifier ou d’adoucir le prix immédiatement, est perçue comme un manque de “confidence” (assurance)4. Et aux USA, la confiance en soi est le proxy de la compétence.
Si vous hésitez sur votre propre prix, comment le client peut-il croire que votre solution va marcher sans accroc ?
La correction : la puissance du silence
Voici une technique de closing simple mais redoutable.
Quand on vous demande le prix, regardez votre interlocuteur (ou la caméra) droit dans les yeux. Annoncez le prix fermement.
Et taisez-vous.
Faites silence. Ne dites plus un mot.
Laissez l’Américain digérer l’information. Laissez la tension monter. Le premier qui parle a perdu. Souvent, ce silence qui vous paraît durer une éternité ne dure que 4 secondes. Et souvent, la réponse de l’Américain sera simplement : “Okay, makes sense.”
Si vous voulez creuser la gestion des objections prix, j’ai détaillé d’autres techniques dans mon article sur la gestion des objections des décideurs américains.
Erreur #5 : la complexité tarifaire (l'usine à gaz)
Nous aimons la précision. Nous aimons les grilles tarifaires justes, où chaque option est calculée au millimètre.
Résultat : des propositions commerciales avec une grille de lecture complexe, des frais de set-up, des licences utilisateurs, des coûts de maintenance variables, des options à cocher…
L’acheteur américain déteste la friction.
Il déteste avoir l’impression d’être “nickeled-and-dimed” (l’expression vient des pièces de 5 et 10 centimes), c’est-à-dire qu’on lui facture chaque petit détail séparément.
Une structure de prix complexe ralentit la décision. Elle oblige votre interlocuteur à sortir sa calculatrice, à demander des validations supplémentaires à son directeur financier, ou pire, à comparer ligne par ligne avec un concurrent.
La correction : simplifiez radicalement (K.I.S.S.)
Keep It Simple, Stupid.
Préférez des forfaits “All-inclusive” ou des packages simples (Good / Better / Best).
L’acheteur américain est souvent prêt à payer un peu plus cher globalement pour avoir la tranquillité d’esprit d’un prix fixe, sans surprises, facile à comprendre et facile à signer. La simplicité est un service en soi.
Adapter votre mindset pour le marché américain
Au final, présenter ses prix aux États-Unis ne demande pas de devenir arrogant ou avide. Cela demande simplement de la clarté.
Ce n’est pas “vulgaire” de parler d’argent. C’est professionnel.
Votre technologie française est peut-être la meilleure du monde, mais si vous la vendez avec des codes culturels inadaptés, elle restera sur l’étagère. En corrigeant ces 5 erreurs — en qualifiant tôt, en vendant le ROI, en assumant votre valeur, en étant ferme et simple — vous ne changez pas votre produit. Vous changez la perception de sa valeur.
Et c’est souvent tout ce qui manque pour transformer un “Maybe later” en “Where do I sign?”.
Vous sentez que vos négociations avec les Américains coincent, souvent sur des questions de budget ou de valeur perçue, et vous avez peut-être l’impression de devoir brader votre technologie pour entrer sur le marché ? Prenez rendez-vous pour diagnostiquer votre stratégie d’acquisition client U.S. et transformons votre approche commerciale pour défendre vos marges.
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