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Environmental assessment : études d’impact environnemental aux USA

Environmental assessment : études d'impact environnemental aux USA

Environmental assessment : études d’impact environnemental aux USA

“On a fait une étude d’impact en France, ça devrait passer aux États-Unis, non ?” Cette phrase, je l’entends deux ou trois fois par mois. Non, ça ne passe pas. Non, on ne peut pas traduire. Non, les consultants français ne sont pas reconnus par les agences américaines. L’environmental assessment étude impact aux États-Unis est un processus distinct, régi par des lois différentes, avec des exigences documentaires qui n’ont presque rien à voir avec ce qu’on produit en France.

Je vais répondre aux questions que mes clients me posent le plus souvent sur ce sujet. Format Q&R, parce que c’est comme ça que ça se joue en RDV, et parce que le processus est trop touffu pour se résumer en guide linéaire.

Qu’est-ce qu’une Environmental Assessment exactement ?

Une Environmental Assessment (EA) est un document analytique court — typiquement 50 à 150 pages — qui évalue les impacts environnementaux d’un projet déclencheur d’un “federal action”. Elle a trois issues possibles. Soit l’agence conclut à un “Finding of No Significant Impact” (FONSI), auquel cas le projet avance. Soit elle impose des mitigations. Soit elle exige de passer à une Environmental Impact Statement (EIS) complète, beaucoup plus lourde.

Une EIS, c’est plusieurs années et 1 à 5 millions de dollars de travail analytique. Avec comment publique étalé sur 6 à 12 mois. À éviter si possible en structurant le projet pour rester dans le champ EA.

Je précise : toutes les études d’impact aux USA ne sont pas des EA/EIS fédérales. Beaucoup d’États ont leurs propres lois d’études d’impact (CEQA en Californie, SEQRA à New York, MEPA au Massachusetts). Ces régimes cohabitent avec NEPA. Parfois on a les deux.

Quand suis-je obligé de faire une EA ?

La règle d’or : dès qu’il y a un “federal nexus”. C’est-à-dire un des éléments suivants est présent dans votre projet.

Utilisation de terrain fédéral (BLM, USFS, DOD) : oui. Permis fédéral (Army Corps 404, FAA, DOT) : oui. Financement fédéral direct (DOE Loan, grant GRIP, USDA REAP) : oui. Garantie fédérale sur le financement : oui. Terrain public vendu ou loué par une agence fédérale : oui.

Si rien de tout ça, vous êtes probablement hors NEPA et vous tombez dans le régime État. Mais vérifiez systématiquement, parce que des éléments subtils (un passage de ligne de transmission sur terrain fédéral, une route d’accès touchant une wetland fédérale) peuvent déclencher le nexus.

Combien de temps ça prend ?

Une EA “standard” prend 12 à 24 mois, depuis le début des études biologiques de terrain jusqu’au FONSI. Une EIS prend 3 à 5 ans. Ces délais incluent la phase de “scoping” (définition de la portée), la phase d’étude (biologie, archéologie, qualité de l’eau, acoustique, paysage, etc.), la rédaction, les comments publics, les réponses aux comments, et la validation finale.

Les saisons comptent. La plupart des études biologiques exigent un cycle printemps-été complet pour observer les espèces. Si vous démarrez une étude en septembre, vous perdez une année de calendrier en pratique.

Un de mes clients a essayé de raccourcir les délais en démarrant en mars. Sur le papier, il gagnait six mois. En pratique, il a été obligé d’étendre les études sur deux saisons parce que le printemps 2023 avait été exceptionnellement sec et que les relevés d’espèces aquatiques étaient non concluants. L’agence a refusé de valider l’EA sur une saison unique. Résultat : 18 mois au lieu des 12 prévus.

Qui rédige l’EA ?

Pas votre bureau d’études français. Même s’il est excellent. Les EA sont quasi-toujours rédigées par des firmes américaines spécialisées — ERM, AECOM, Tetra Tech, Stantec, WSP, et une longue liste de boutiques locales. Pourquoi ? Parce que les agences américaines ont leurs “reviewers” habituels, leurs formats attendus, leurs jurisprudences. Un cabinet français qui livre un document au format français va se voir renvoyer sa copie.

Je recommande toujours de choisir un cabinet qui a déjà produit des EAs acceptées par l’agence fédérale pertinente dans le même type de projet. Par exemple, si votre projet est un solaire sur terrain BLM en Arizona, demandez une liste de 5 EAs que le cabinet a livrées sur BLM Arizona entre 2020 et 2024. Pas une liste générique. La spécificité compte.

Les tarifs : une EA de qualité pour un projet renouvelable de taille moyenne coûte 400 k$ à 1,2 M$. Une EIS dépasse fréquemment 2 M$. Intégrez-le dans votre budget permitting.

Peut-on faire une EA plus rapide avec les réformes récentes ?

Oui, un peu. En 2023 et 2024, plusieurs lois ont réduit les délais maximaux (NEPA page limits, deadlines agence, categorical exclusions élargies pour certaines catégories de projets renouvelables). Le Permitting Council (FPISC) coordonne les projets “covered” pour accélérer.

Mais ne fantasmez pas. Les réformes ont surtout ciblé les projets fédéraux d’infrastructure de transport ou de transmission. Pour un solaire IPP privé, l’impact est marginal. Le vrai levier d’accélération reste une bonne préparation amont : études pré-screening, choix de site qui minimise les impacts, scoping bien ficelé.

Qu’est-ce qu’une “categorical exclusion” et comment l’obtenir ?

Une categorical exclusion (CE ou CatEx) est un raccourci : l’agence estime que votre type de projet est tellement standard et à faible impact qu’il peut contourner l’EA formelle. Chaque agence publie sa liste de CEs. Le DOE en a une pour certains projets solaires de moins de 10 MW sur des terrains déjà perturbés. Le BLM en a pour certains projets géothermiques.

Obtenir une CatEx, c’est 3 à 9 mois au lieu de 12 à 24. Ça vaut la peine si votre projet est éligible. Demandez à votre cabinet dès le design si vous pouvez structurer le projet pour rentrer dans une CatEx existante. C’est un exercice technique — parfois un déplacement de 300 mètres change la donne.

Quels sont les pièges les plus fréquents pour un acteur français ?

Premier piège : penser que l’étude biologique en France compte. Elle ne compte pas. Il faut refaire des relevés in situ américains, selon les protocoles américains, par un biologiste certifié américain. Les espèces sont différentes, les protocoles aussi.

Deuxième piège : signer l’option foncière avant le screening environnemental. Si votre site a des wetlands, des espèces protégées ou des restes archéologiques, vous paierez l’option foncière pendant 3 à 5 ans avant de savoir si le projet est réalisable. Faites un “desktop screening” avant la signature.

Troisième piège : sous-estimer la consultation tribale. Si votre projet touche potentiellement un site d’intérêt culturel tribal, le Bureau of Indian Affairs ou le SHPO vont exiger des consultations. Pas d’impasse possible. Ces consultations prennent 6 à 18 mois. Commencez au plus tôt.

Quatrième piège : croire que le comment public est une formalité. Les agences reçoivent parfois des milliers de commentaires négatifs orchestrés par des groupes locaux. Si vous n’avez pas préparé le terrain politiquement, vous pouvez voir votre projet capturé par un débat public défavorable. Anticipez avec des town halls, des présentations locales, du relationnel avec les élus.

Le cas spécifique de l’offshore wind

L’offshore wind déclenche toujours une EIS (pas une EA simple), via le BOEM (Bureau of Ocean Energy Management). Les délais dépassent régulièrement 5 ans. Les coûts d’EIS peuvent dépasser 20 M$ sur les gros projets. C’est pour ça que le marché offshore est réservé aux plus gros acteurs. Si vous êtes une ETI française qui regarde l’offshore, il faut soit un partenariat avec un développeur établi (Equinor, Ørsted, Iberdrola), soit accepter un horizon à 10 ans minimum.

Pour terminer, ma recommandation cadre

L’environnement est le risque #1 de votre projet énergie aux États-Unis. Pas le financement. Pas la technologie. Pas la commercialisation. L’environnement.

Si vous êtes sérieux sur un premier projet, consacrez 6 à 9 mois au pré-screening environnemental avant de signer quoi que ce soit de définitif. Je sais, c’est long. C’est le seul moyen de ne pas découvrir en année 3 un bug qui tue le projet.

Pour la vision complète du marché, retournez à mon guide sur l’énergie renouvelable aux États-Unis. Pour parler d’une situation concrète et des cabinets à considérer, prenez un rendez-vous de 30 minutes.

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