Home » Blog » SALES & PROSPECTION » Prospection B2B : 5 erreurs fatales qui font fuir vos prospects américains (et comment les corriger)
Vous connaissez ce scénario par cœur.
Vous avez décroché un rendez-vous avec un prospect américain intéressant. Sur le papier, tout est aligné : votre technologie est supérieure à celle de vos concurrents locaux, votre prix est compétitif, et l’e-mail d’introduction était prometteur.
Le rendez-vous Zoom se lance. Vous présentez vos slides, vous expliquez votre innovation, vous répondez aux questions. Tout semble bien se passer. L’interlocuteur est poli, il sourit, il dit “That sounds interesting“.
Et puis… plus rien.
Le fameux “ghosting“.
Pas de réponse à votre e-mail de suivi. Pas de deuxième rendez-vous. Silence radio.
C’est frustrant, n’est-ce pas ? (Eh ben, je vous rassure, vous n’êtes pas seul).
La première réaction des entrepreneurs français que j’accompagne est souvent de remettre en cause leur produit ou leur niveau d’anglais. “Peut-être que mon accent était trop fort ?” ou “Peut-être qu’ils n’ont pas compris l’algorithme ?”
Laissez-moi être directe : ce n’est presque jamais le produit. Et ce n’est presque jamais l’accent.
Le problème, c’est la manière dont vous avez mené la danse.
Ayant grandi aux États-Unis et passé les vingt dernières années à aider des entreprises françaises à s’exporter, j’ai assisté à des centaines de ces interactions. J’ai vu des technologies brillantes être ignorées parce que le fondateur violait, sans le savoir, des codes culturels implicites.
Aux États-Unis, le temps est une devise plus précieuse que le dollar. La tolérance pour la confusion ou l’ennui est proche de zéro.
Si vous voulez arrêter de gâcher vos leads durement acquis, vous devez éliminer ces 5 erreurs fatales de votre processus de vente.
1. Le syndrome du "professeur technique" (feature dumping)
C’est sans doute l’erreur la plus classique chez les fondateurs Deeptech ou SaaS français1.
En France, le système éducatif et professionnel valorise la démonstration intellectuelle. Pour prouver que votre solution est bonne, vous avez le réflexe d’expliquer comment elle fonctionne. Vous voulez montrer la complexité sous le capot, les années de R&D, la beauté du code.
Vous pensez construire de la crédibilité.
L’Américain, lui, entend du bruit.
L’acheteur américain, qu’il soit investisseur ou directeur des achats chez Walmart, fonctionne au WIIFM : “What’s In It For Me?“2.
Il ne veut pas savoir comment vous avez construit la montre ; il veut savoir l’heure qu’il est.
Si vous passez les 10 premières minutes de votre appel à détailler vos spécifications techniques, vos brevets ou l’architecture de votre solution, vous avez déjà perdu son attention3. Il a décroché. Il checke ses e-mails sur son deuxième écran.
Comment corriger le tir :
Inversez votre script. Commencez par la fin.
Dès les premières secondes, parlez de valeur et de résultats. “Nous aidons les retailers à réduire leurs ruptures de stock de 15% grâce à l’IA.” Point. Ensuite, et seulement si on vous le demande, vous expliquerez comment la magie opère.
Pour aller plus loin sur la structure de votre discours, je vous invite à lire mon article sur les erreurs de communication les plus fréquentes avec les acheteurs américains.
2. La fausse modestie (ou le manque de "confidence")
C’est une différence culturelle fascinante étudiée par des experts comme Erin Meyer (auteur de The Culture Map, une lecture que je recommande souvent).
En France, l’humilité est une vertu. On utilise le conditionnel par prudence : “Nous essayons de…”, “Nous pensons pouvoir atteindre…”, “C’est un projet en développement…”. On a une peur bleue de passer pour arrogant.
Aux États-Unis, cette prudence est interprétée comme de l’incompétence4.
Dans la culture business américaine, si vous ne croyez pas fermement que vous êtes la meilleure option sur le marché, pourquoi l’acheteur devrait-il vous croire ? La vente aux US est un transfert d’enthousiasme. Si vous êtes tiède, le client sera glacé.
J’ai vu des prospects américains douter de fondateurs français brillants simplement parce que leur présentation manquait de “peps” et d’affirmation. Ils se disaient : “S’ils sont si hésitants, est-ce qu’ils seront capables de livrer ?”5.
Comment corriger le tir :
Bannissez les mots mous.
Remplacez “We try to” par “We do”.
Remplacez “We think” par “We know”.
Vous n’avez pas besoin de devenir un vendeur de voitures d’occasion caricatural. Vous devez simplement adopter une “autorité douce”. Soyez factuel, mais soyez affirmatif. Votre confiance rassure le client sur le fait qu’il prend la bonne décision en misant sur vous.
3. Négliger le "small talk" (ce n'est pas du bavardage)
Voici une erreur qui coûte très cher en capital sympathie.
Le Français arrive en réunion, conscient que le temps est limité (les fameux meetings de 30 minutes), et veut aller droit au but par respect pour l’agenda de son interlocuteur. Il saute l’intro et plonge direct dans le PowerPoint.
Grave erreur6.
Aux États-Unis, le “small talk” n’est pas du remplissage. C’est un scanner social.
C’est pendant ces 2 ou 3 minutes d’échange sur la météo, le sport, ou le week-end dernier que l’Américain décide s’il vous aime bien.
Et aux US, people buy from people they like.
Si vous sautez cette étape, vous paraissez froid, distant, purement transactionnel. Vous ne créez pas de lien humain. Or, dans un marché saturé, le lien humain est souvent ce qui fait la différence entre deux concurrents à prix égal.
Comment corriger le tir :
Ne voyez pas ces minutes comme du temps perdu, mais comme un investissement relationnel.
Préparez ce moment. Regardez le profil LinkedIn de votre interlocuteur. A-t-il posté quelque chose récemment ? Où vit-il ? (Un simple “How is the weather in Boston today?” peut suffire à briser la glace).
Montrez-vous chaleureux et curieux. Si vous maîtrisez l’art du small talk, vous passez du statut de “vendeur” à celui de “personne intéressante”.
4. Le flou artistique sur les prochaines étapes (Next Steps)
C’est souvent là que le cycle de vente s’enlise7.
À la fin du call, le Français, poli, dit : “Merci pour votre temps, je vous envoie la documentation et on se recontacte.” (“Let’s keep in touch“).
L’Américain répond “Sure, sounds good.”
Et c’est fini. Vous ne le reverrez jamais.
Pourquoi ? Parce que vous avez laissé filer le momentum8. Aux États-Unis, si ce n’est pas dans l’agenda, ça n’existe pas. Laisser l’initiative du rappel au client (“on se recontacte”) est une démission commerciale.
Les Américains sont habitués à être guidés dans le processus de vente. Ils attendent de vous que vous soyez le chef d’orchestre. Si vous ne proposez pas une étape claire, ils supposent que ce n’est pas urgent ou que vous n’êtes pas assez professionnel.
Comment corriger le tir :
Ne raccrochez jamais sans avoir défini une prochaine étape précise9.
Au lieu de “I will send you the deck”, dites :
“Based on what we discussed, I think it would make sense to set up a demo with your technical team. Does next Tuesday at 10 AM work for you?”
Verrouillez le créneau pendant l’appel. C’est ce qu’on appelle “booking the meeting from the meeting”. C’est la seule façon de garder le rythme.
Pour plus de détails sur comment verrouiller ces étapes, consultez mon article sur comment transformer un premier call en opportunité commerciale.
5. Vouloir convaincre par la logique plutôt que par la preuve sociale
En France, on convainc par la logique cartésienne. Si A + B = C, alors vous devez acheter.
Aux États-Unis, on convainc par la preuve sociale et la réduction du risque.
L’erreur classique ? Citer des références prestigieuses… mais inconnues aux US10.
“Nous travaillons avec le CEA, la SNCF et Décathlon.”
Pour un Américain moyen au fin fond de l’Ohio, ces noms ne veulent rien dire. Pire, s’il ne connaît pas, il perçoit un risque. “Si personne de connu n’utilise ça ici, je ne veux pas être le premier à essuyer les plâtres.”
Comment corriger le tir :
Vous devez “traduire” votre crédibilité11.
Si vous n’avez pas encore de clients US (ce qui est normal au début), ne listez pas des logos français obscurs. Utilisez deux leviers :
La description catégorielle : Au lieu de dire “On travaille avec Carrefour”, dites “We work with the largest retailer in Europe, similar to Kroger.”
Les chiffres (ROI) : Les chiffres sont un langage universel. “We saved our clients $2M in energy costs last year.”
L’Américain est pragmatique : montrez-lui que d’autres ont gagné de l’argent grâce à vous, et il vous écoutera. C’est ce type d’argumentaire que nous développons en profondeur dans les sujets liés à comment présenter un ROI crédible à un client américain.
Conclusion : C'est une question de traduction, pas seulement de langue
Réussir sa prospection aux États-Unis ne demande pas de devenir quelqu’un d’autre. Vous n’avez pas besoin de changer votre personnalité ni de mentir sur votre produit.
Mais vous devez changer de lunettes.
Ce que vous percevez comme de la rigueur technique est perçu comme de la lourdeur.
Ce que vous percevez comme de la politesse est perçu comme de la froideur.
Ce que vous percevez comme de la prudence est perçu comme de l’incompétence.
La bonne nouvelle ? Ces erreurs sont faciles à corriger une fois identifiées. Il suffit de s’entraîner à reformater votre message pour qu’il résonne avec les attentes culturelles de vos interlocuteurs. C’est exactement ce travail d’adaptation qui transforme des cycles de vente interminables en signatures rapides.
Si vous sentez que vos équipes commerciales ont du mal à franchir ce cap culturel et que vous voulez leur donner les outils pour closer plus efficacement, jetez un œil à notre méthode complète. Téléchargez notre guide pour apprendre comment acquérir 30+ nouveaux clients américains par trimestre de manière prévisible et répétable.
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