Home » Blog » SALES & PROSPECTION » Comment présenter un ROI crédible à un client américain (et closer plus vite)
En France, on aime vendre une solution technique performante. On est fiers de nos ingénieurs, de nos brevets et de la complexité de ce qu’on a bâti. C’est culturel. On se dit que si le produit est génial, le client va forcément signer.
Eh ben, aux États-Unis, ça ne marche pas comme ça.
Là-bas, on ne vend pas de la technologie. On vend de l’argent sur la table.
Laissez-moi vous raconter une histoire (vraie, bien sûr). J’accompagnais un fondateur d’une startup Deeptech française. Son produit ? Une merveille technologique capable d’optimiser les chaînes de production comme jamais auparavant.
Lors d’une démo avec un VP Operations chez un énorme retailer américain, tout se passait bien. Le prospect était impressionné par la tech. Il hochait la tête. Et puis, la question fatidique est tombée :
“Great tech. But what’s the payback period?”
Le fondateur a figé. Il a commencé à parler d’économies théoriques, de gains de productivité “immatériels” sur cinq ans…
J’ai vu le regard du VP s’éteindre instantanément.
Le deal a traîné six mois pour finalement mourir. Pourquoi ? Ce n’était pas le produit qui posait problème. C’était l’incapacité du fondateur à répondre à une question simple : “Si je te donne 1 dollar aujourd’hui, quand est-ce que tu me rends 2 dollars ?”
Dans cet article, on va voir comment arrêter de vendre des fonctionnalités pour enfin bâtir un Business Case irréfutable à l’américaine.
Pourquoi l'Américain n'achète pas une "technologie", mais un résultat
Il faut comprendre une chose fondamentale sur la mentalité business aux USA : le pragmatisme est roi.
Comme je le constate souvent lors des coachings TransAtlantia, un acheteur américain — qu’il soit investisseur ou corporate — se pose une seule question en début de réunion : “What’s in it for me?“1. Et il veut la réponse en moins de 30 secondes.
Pour nous, Européens, l’innovation est une fin en soi. Pour eux, c’est juste un moyen.
Si votre technologie est fascinante mais que vous ne pouvez pas la traduire immédiatement en impact financier, vous passez pour des chercheurs, pas pour des partenaires business .
Il y a aussi une question de rythme. Le business américain vit au rythme des “Quarters” (trimestres).
Si votre ROI n’est visible que dans trois ans, vous représentez un risque, pas une opportunité. Ils veulent du résultat concret, et ils le veulent maintenant.
Les 3 erreurs fatales des Français quand ils parlent "chiffres"
J’ai analysé des dizaines de pitchs commerciaux d’entrepreneurs français. Voici les trois pièges dans lesquels ils tombent presque systématiquement.
1. Le ROI flou ("soft ROI")
C’est quand vous dites : “Notre solution améliore la collaboration et le bien-être des équipes.”
C’est mignon, mais aux US, ça ne vaut rien. C’est invérifiable. Un CFO ne signera jamais un chèque pour du “bien-être”.
Il vous faut du “Hard ROI”. Transformez le qualitatif en quantitatif : “Vous économisez 12 heures par semaine par employé. À un coût moyen de 50$/heure, cela représente une économie de 30 000$ par an et par équipe.”
2. Défendre le prix au lieu de vendre la valeur
C’est un réflexe classique. L’Américain dit “It’s expensive“, et le Français se met à justifier ses coûts : “Oui, mais vous savez, on a mis 5 ans de R&D, nos ingénieurs sont des experts…”3.
Spoiler alert : l’Américain se fiche de vos coûts.
Il se fiche de combien ça vous a coûté à fabriquer. Il veut seulement savoir combien ça va lui rapporter. Ne défendez jamais votre prix par la technique, défendez-le par la valeur business que vous créez.
3. Négliger le "cost of inaction"
C’est souvent l’argument le plus puissant outre-Atlantique, et pourtant le moins utilisé par les Français.
Au lieu de juste montrer ce qu’ils gagnent avec vous, montrez-leur ce qu’ils perdent chaque jour en ne faisant rien. La peur de perdre (FOMO, fear of missing out) est un levier psychologique énorme.
La méthode TransAtlantia : construire un business case en 4 étapes
Alors, comment on fait ? Pas besoin d’être un génie de la finance. Voici la méthode que j’enseigne pour structurer un argumentaire financier qui tient la route.
Étape 1 : Identifier la "North Star Metric" du prospect
Avant de lancer vos chiffres, demandez-vous : qu’est-ce qui empêche ce décideur de dormir la nuit ?
Veut-il augmenter ses revenus (Revenue) ou réduire ses coûts (Savings) ?
Si vous vendez des économies à un VP Sales qui ne pense qu’à exploser ses quotas, vous parlez dans le vide. Alignez votre ROI sur son objectif prioritaire.
Étape 2 : Le calcul "napkin math"
Pas besoin d’un fichier Excel complexe avec 15 onglets. Au contraire, ça crée de la méfiance.
Vous devez être capable d’écrire votre équation de valeur sur un coin de serviette (d’où le nom “Napkin Math”).
(Coût actuel du problème) – (Coût de votre solution) = Profit immédiat.
C’est simple, c’est brutal, et c’est exactement ce qu’il faut pour que votre interlocuteur puisse le répéter à son propre patron.
Étape 3 : Le time-to-value
C’est crucial pour rassurer sur l’exécution. Les Américains sont impatients.
Montrez la rapidité : “On installe en 2 semaines, formation incluse. Vous verrez les premiers résultats dès le mois 3.”
Cela prouve que vous comprenez leur urgence et que vous êtes orientés résultats.
Étape 4 : La preuve sociale calibrée US
C’est une erreur que je vois tout le temps. Vous citez fièrement vos clients : EDF, le CEA, Décathlon…4.
Sauf que pour un Américain moyen, ces noms ne veulent rien dire.
Si vous n’avez pas encore de logos américains connus (comme Nike ou Walmart), reformatez vos références. Parlez en métriques universelles.
Au lieu de dire “On travaille avec EDF”, dites : “Nous avons aidé le leader européen de l’énergie à réduire ses coûts de maintenance de 18%.”
Les pourcentages voyagent beaucoup mieux que les noms propres.
Quand présenter le ROI ? (le timing est stratégique)
Dernier point, et pas des moindres : le timing.
N’attendez pas la slide de prix à la fin de la présentation pour parler valeur. C’est trop tard.
Le ROI doit être “teasé” dès le début du rendez-vous. Dans le cadre de vente que je préconise, on valide l’enjeu financier dès l’ouverture5.
L’idéal ? L’approche collaborative.
Au lieu d’arriver avec un chiffre imposé (“Vous allez gagner 1M$”), construisez le ROI avec le prospect pendant la phase de découverte.
Posez des questions : “Combien de temps vos équipes passent-elles là-dessus ? Ah, 10 heures ? Et ça vous coûte combien de l’heure ?”
À la fin, quand vous présentez le calcul, il ne peut pas le contester. C’est lui qui vous a donné les chiffres. C’est son ROI, pas le vôtre.
Conclusion
Aux États-Unis, votre crédibilité technique est souvent acquise avant même que vous n’entriez dans la salle (virtuelle ou réelle). S’ils ont accepté le rendez-vous, c’est qu’ils pensent que votre produit fonctionne.
Ce qui reste à prouver, c’est votre crédibilité business.
Ne soyez pas modestes. Si votre solution génère un million de dollars de valeur, dites-le haut et fort. C’est ce qu’on attend d’un partenaire de croissance aux US. C’est ça qui fait signer les deals.
Vous avez le produit, mais vous sentez que votre pitch ne convertit pas assez vite ? Prenez rendez-vous pour diagnostiquer votre discours commercial U.S. et on verra ensemble comment transformer vos features en dollars.
Et si vous voulez aller plus loin sur la méthode, téléchargez notre guide pour apprendre la méthode CAAPS et sécuriser vos premiers clients américains de manière prévisible.
