Beaucoup de dirigeants fixent leur prix américain en partant du prix français, auquel ils ajoutent le transport. Puis ils découvrent que la marge a fondu. La cause tient en deux mots : le landed cost, c’est-à-dire le coût réel d’une marchandise une fois rendue et dédouanée aux États-Unis.
Je vois cette erreur régulièrement, et elle ne vient pas d’un manque de sérieux. Elle vient du fait que plusieurs lignes de coût sont invisibles depuis la France, parce qu’elles n’existent pas dans le commerce intra-européen.
Ce que recouvre vraiment le landed cost
Le landed cost additionne tout ce qui se paie avant que le produit soit vendable sur le sol américain. Le prix départ usine n’en est que le premier étage.
Concrètement, vous devez empiler : le transport principal, l’assurance, les frais de manutention portuaire, les droits de douane, les taxes fédérales sur l’entrée, les honoraires du courtier en douane, le stockage, la logistique de dernier kilomètre, et le coût des retours.
Deux lignes fiscales fédérales méritent une attention particulière, parce qu’elles n’ont pas d’équivalent dans le commerce intra-européen. Je les détaille ci-dessous. D’expérience, ce sont celles que les exportateurs français omettent le plus souvent dans leurs premiers calculs.
Le droit de douane n’est pas la seule taxe à l’entrée
La première ligne oubliée est le merchandise processing fee, la redevance de traitement des marchandises. Elle est proportionnelle à la valeur déclarée.
La douane américaine le confirme dans son avis officiel de tarification : « Only the limitation is increasing; the ad valorem rate of 0.3464 percent remains the same » (Customs and Border Protection, Federal Register, 2026). Le taux de 0,3464 % est donc stable (Customs and Border Protection, Federal Register, 2025), seuls le plancher et le plafond bougent chaque année.
La seconde ligne est le harbor maintenance fee, la redevance d’entretien portuaire. Le règlement la définit ainsi : « Commercial cargo loaded on or unloaded from a commercial vessel is subject to a port use fee of 0.125 percent (.00125) of its value » (19 CFR 24.24, Customs and Border Protection).
Retenez la nuance : cette redevance vise le transport maritime. Le règlement ne prévoit aucun cas d’application au fret aérien. Si vous expédiez par avion, elle ne s’applique donc pas, et un tableau de coûts qui l’inclurait surestimerait votre entrée.
Les montants changent au 1er octobre, et ça compte cette année
Voici un point souvent laissé de côté, et qui peut périmer un tableau de coûts sans prévenir. Les plafonds et planchers de la redevance de traitement des marchandises sont révisés à chaque exercice fiscal américain, mais seulement si l’inflation mesurée dépasse un seuil : le règlement déclenche l’ajustement quand la hausse de l’indice des prix dépasse un pour cent (19 CFR 24.22, Customs and Border Protection). La redevance portuaire, elle, n’a ni plancher ni plafond.
Pour l’exercice en cours, l’avis officiel indique que les montants « for Fiscal Year 2026 are required as of October 1, 2025 » (Customs and Border Protection, Federal Register). Sur cet exercice, le plancher est de 33,58 $ et le plafond de 651,50 $, avec une majoration de 4,03 $ en cas de déclaration manuelle (Customs and Border Protection, Federal Register, 2025).
Mais l’avis suivant est déjà publié. Il précise que les montants « for Fiscal Year 2027 are required as of October 1, 2026 » (Customs and Border Protection, Federal Register). À partir de cette date, selon l’avis publié pour l’exercice suivant, le plancher passe à 34,58 $, le plafond à 670,86 $, et la majoration manuelle à 4,15 $ (Customs and Border Protection, Federal Register, 2026).
Autrement dit, si vous bâtissez votre grille tarifaire aujourd’hui, elle changera de base dans quelques semaines. Le taux, lui, ne bouge pas. Seules les bornes évoluent.
Un calcul de landed cost, étape par étape
Prenons un exemple chiffré pour rendre la mécanique concrète. Supposons une expédition maritime d’une valeur transactionnelle de 50 000 $, et supposons un droit de douane de 3,7 % applicable à votre position tarifaire. Ce taux est une hypothèse de travail, pas une donnée : le vôtre dépend de votre classement, et vous devez le lire dans le tarif officiel.
Le droit de douane, dans cette hypothèse, représente alors 1 850 $. Toujours par exemple, la redevance de traitement, à 0,3464 %, ajoute 173,20 $. Ce montant tombe bien entre le plancher et le plafond de l’exercice, il s’applique donc tel quel. Sur ce même scénario, la redevance portuaire, à 0,125 %, ajoute 62,50 $.
Au total, sur cette hypothèse, les droits et taxes fédérales atteignent 2 085,70 $, soit environ 4,17 % de la valeur déclarée. Attention toutefois : ce chiffre ne vaut que pour ce scénario simplifié. Certaines catégories de produits supportent des droits additionnels que je décris plus bas, et qui peuvent peser bien davantage que le droit de base.
Le point intéressant n’est pas le total. C’est l’écart. Dans cette hypothèse, un dirigeant qui n’aurait retenu que le droit de douane aurait sous-estimé son coût de 235,70 $ sur cette seule expédition. Sur cinquante expéditions par an, l’oubli devient structurel.
Et je n’ai compté ici ni le transport, ni l’assurance, ni le courtier, ni le stockage. Le landed cost complet est nettement au-dessus.
La base de calcul mérite votre attention
Ces pourcentages s’appliquent à la valeur en douane, pas à votre prix de vente. La valeur en douane repose en principe sur la valeur transactionnelle, c’est-à-dire le prix effectivement payé ou à payer pour les marchandises (19 U.S.C. 1401a, Customs and Border Protection).
Par conséquent, la façon dont vous facturez, l’incoterm choisi et le traitement des frais accessoires modifient l’assiette. Ce n’est pas un détail comptable, c’est un levier. J’ai détaillé cette mécanique dans mon article sur le calcul de la valeur en douane à la déclaration américaine.
Les surcoûts qui ne figurent dans aucun tableau standard
Au-delà des lignes fédérales, plusieurs postes échappent aux simulateurs génériques.
Les droits additionnels. Certaines catégories de produits supportent des droits supplémentaires au titre de dispositifs commerciaux spécifiques, qui s’ajoutent au droit normal. Ils dépendent du produit et de son origine, et ils évoluent. Vérifiez votre position avant de figer un prix, jamais après.
Le coût du retour. Sur les dossiers que j’accompagne, la politique de retour exigée par les acheteurs américains surprend souvent les dirigeants français. Or un produit retourné a déjà acquitté ses droits de douane. Un mécanisme de remboursement existe pour les marchandises réexportées (19 U.S.C. 1313, Customs and Border Protection), mais il suppose une demande explicite et un dossier : rien ne revient automatiquement.
La rémunération du canal. Sur une marketplace, la commission se calcule en pourcentage du prix de vente affiché. Avec un distributeur, la logique est différente : il achète à un prix de gros et prend sa marge en aval. Dans les deux cas, ce prélèvement vient après votre landed cost, il ne le dilue pas.
Le coût de portage. Entre le paiement des droits à l’entrée et l’encaissement client, il s’écoule souvent plusieurs mois. Sur les dossiers que j’accompagne, c’est le poste que les dirigeants découvrent le plus tard, parce qu’il n’apparaît nulle part dans un tableau de coûts, seulement dans la trésorerie.
Comment je reconstruis un landed cost avec un dirigeant
Je procède toujours dans le même ordre, parce que chaque étape conditionne la suivante.
D’abord, je fige la position tarifaire. Sans classement fiable, tout le reste est du sable. La logique de la nomenclature est expliquée dans mon article sur les codes HTS et les tarifs douaniers américains.
Ensuite, je calcule les lignes proportionnelles à la valeur : droit, redevance de traitement, redevance portuaire le cas échéant. Ce bloc est prévisible et se modélise très bien.
Puis j’ajoute les lignes forfaitaires : courtier, manutention, documentation. Elles ne varient pas avec la valeur, donc elles pèsent lourd sur les petites expéditions et deviennent négligeables sur les grosses.
Enfin, je regarde la marge qui reste et je la compare au prix de marché observé. C’est souvent à ce moment que la conversation devient utile, parce qu’on découvre soit qu’il faut revoir le prix, soit qu’il faut revoir la taille des lots.
Ce que le landed cost change dans votre stratégie de prix
Un landed cost bien calculé ne sert pas seulement à protéger la marge. Il change vos décisions.
Il vous dit à partir de quel volume l’expédition devient rentable. Il vous dit si un entrepôt local se justifie. Il vous dit si votre produit peut supporter un intermédiaire ou s’il doit aller en direct.
Surtout, il vous évite l’erreur classique : transposer le prix européen en le convertissant, puis ajuster à la baisse quand le distributeur négocie. Vous négociez alors sur un plancher que vous ne connaissez pas. L’ancrage psychologique du prix est un sujet à part entière, et le landed cost en est le pendant strictement comptable.
D’ailleurs, si votre difficulté est en amont, c’est-à-dire identifier les bons interlocuteurs avant même de parler prix, ma méthode fondée sur les données douanières américaines pour identifier les importateurs couvre cette étape.
Par où commencer
Prenez votre dernière expédition test, ou votre expédition type si vous n’avez pas encore exporté. Reconstituez toutes les lignes, sans en omettre une seule. Comparez le résultat au prix que vous envisagiez.
Vous pouvez vérifier les montants officiels directement dans l’avis de la douane américaine sur les redevances et dans le texte du règlement fédéral sur la redevance portuaire. Pour la logique douanière d’ensemble, mon guide de la douane à l’import export aux États-Unis pose le cadre.
Si vous préférez faire cet exercice à deux, prenez rendez-vous avec moi et nous reconstruirons votre landed cost sur vos chiffres réels. Et si vous voulez d’abord la méthode complète, découvrez la démarche que j’ai développée avec les dirigeants industriels que j’accompagne.
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil fiscal. La réglementation évolue régulièrement. Je vous recommande de consulter un professionnel qualifié en fiscalité douanière pour votre situation spécifique.

