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Climate policies USA : quels impacts réels sur le marché énergie en 2026 ?

Climate policies USA : quels impacts réels sur le marché énergie en 2026 ?

En janvier 2026, j’ai déjeuné avec le CEO d’une scale-up française de stockage d’énergie qui venait de suspendre son projet d’investissement au Texas. Raison invoquée : “On ne sait plus à quelle sauce on va être mangés avec les climate policies USA qui changent tous les 6 mois.” Il était sincère. Et il avait partiellement raison.

Je vais vous dire ce que je pense, parce qu’on me pose la question trois fois par semaine depuis l’élection de novembre 2024 : est-ce que l’instabilité politique américaine sur le climat rend l’implantation cleantech trop risquée ? Ma réponse courte : non, mais la thèse d’investissement doit changer. Voici pourquoi.

Ce qui a vraiment changé (et ce qui n’a pas changé)

L’Inflation Reduction Act n’a pas été abrogé. C’est le premier mythe qu’il faut démonter. Certaines dispositions ont été modifiées ou raboutées — notamment autour des véhicules électriques et de certains crédits d’achat pour les particuliers — mais le cadre général des crédits d’impôts sur le manufacturing cleantech et la production d’énergie renouvelable reste debout en 2026.

Ce qui a changé, c’est le discours, les signaux politiques, et certaines régulations d’application. Le DOE a ralenti l’approbation de certains prêts, l’EPA a assoupli des règles d’émissions, et plusieurs commandes exécutives ont créé de l’incertitude sur l’éligibilité de projets étrangers aux crédits IRA.

Pour un industriel français qui fabrique des équipements cleantech, ça veut dire que les fondamentaux économiques sont intacts, mais que la prime politique — “l’Administration Biden poussait, donc ça va accélérer” — est morte. Il faut retomber sur les fondamentaux du business : y a-t-il une demande américaine privée pour votre techno, indépendamment des subventions ?

Pourquoi la demande privée, elle, continue d’accélérer

Voici un fait que je trouve sous-estimé dans les médias français. Les entreprises américaines du S&P 500 ont collectivement signé en 2024 pour plus de 20 GW de Power Purchase Agreements en renouvelables, selon les chiffres compilés par le Business Renewables Center. C’est un record. Et ça continue en 2026.

Pourquoi ? Parce que les corporates américains, eux, n’attendent pas les signaux politiques. Amazon, Microsoft, Google, Meta, mais aussi Walmart, General Motors et Ford ont tous des objectifs de décarbonation qu’ils tiennent parce que leurs actionnaires, leurs salariés et leurs clients l’exigent. Et parce que dans beaucoup de régions (Texas, Oklahoma, Iowa, Nouveau-Mexique), le renouvelable est devenu moins cher que le fossile en LCOE.

Un de mes clients, un fabricant français de systèmes de gestion de batteries, m’a dit en mars 2026 : “On a plus de demande corporate qu’on ne peut livrer. Le bruit politique ne nous touche pas directement parce qu’on vend à des grosses boîtes qui ont leurs roadmaps sur 10 ans.” C’est exactement ça. Les vrais acheteurs privés américains ne vous achètent pas à cause de l’IRA. Ils vous achètent parce que vos produits performent.

L’angle qui change tout : le risque politique se modélise

Ce que je dis à chaque dirigeant qui me demande conseil : si votre P&L américain est rentable UNIQUEMENT avec les crédits IRA à 100 %, vous avez un problème de thèse. Si votre P&L est rentable même à 50 % des crédits actuels, vous êtes à l’abri.

Concrètement, quand j’aide un client à modéliser son business plan US, on construit 3 scénarios :

Scénario A : IRA maintenu intégralement. C’est le scénario haut — on monte les projections de rentabilité.

Scénario B : IRA raboté de 30-40 % sur les dispositions manufacturing. C’est le scénario médian — on vérifie que la boîte tient.

Scénario C : IRA démantelé à 70 %+. C’est le scénario stress — on vérifie que le projet reste viable sur 3-5 ans à l’équilibre.

Si les scénarios B et C ne tiennent pas, l’implantation n’est pas une bonne décision — peu importe ce que dit la politique aujourd’hui. C’est la discipline que je force mes clients à adopter. Elle est inconfortable mais elle protège.

Les États fédérés : le vrai levier en 2026

Voici ce que les médias français ne racontent pas assez. Les climate policies américaines ne se décident pas qu’à Washington. Elles se décident dans 50 capitales d’État, et beaucoup d’États sont beaucoup plus engagés que le fédéral ne l’est.

La Californie vise 100 % d’électricité propre d’ici 2045, inscrit dans la loi. L’État de New York a des objectifs équivalents. Le Massachusetts a des objectifs climat sectoriels pour le bâtiment, le transport, l’industrie. Le Colorado a une commission climat active. Le Nouveau-Mexique a multiplié les incitations solaires. Même des États “conservateurs” comme le Texas sont devenus les leaders du renouvelable par pur calcul économique (le Texas est le premier producteur éolien des États-Unis).

Pour une cleantech française, ça veut dire que votre stratégie d’implantation doit être État-par-État, pas “marché américain” en bloc. J’ai un client qui concentre 100 % de son commercial sur 6 États (CA, NY, MA, CO, TX, NM). Il ignore complètement le Wyoming, l’Oklahoma ou les Dakotas, pas par préjugé politique mais parce que ses cycles de vente y sont trop longs pour son niveau de ressources.

Le facteur sécurité énergétique et la relocalisation industrielle

Voici un autre angle sous-exploité par les cleantechs françaises. Depuis 2022, la politique industrielle américaine a une obsession : réduire la dépendance chinoise sur les composants critiques. Batteries, panneaux solaires, minéraux critiques, inverters, terres rares. Ça traverse les administrations républicaine et démocrate, parce que c’est devenu un enjeu de sécurité nationale.

Pour une cleantech européenne, c’est une opportunité majeure. Les acheteurs américains — privés comme publics — préfèrent de plus en plus les fournisseurs non-chinois, quitte à payer 10-15 % plus cher. Une boîte française bien positionnée peut capter cette prime.

Une PME normande que j’accompagne sur les câbles haute tension a vu ses devis américains augmenter de 40 % en 2024-2025, pas parce qu’ils ont augmenté leurs prix, mais parce que les acheteurs industriels américains demandent désormais “supply chain européenne tracée” sur les composants. C’est un vent arrière politique qui va continuer, peu importe l’administration.

Ce que je conseille concrètement en 2026

Quand un dirigeant français me demande s’il doit toujours pousser son projet US malgré l’instabilité politique sur le climat, je lui pose 4 questions :

Premièrement : votre techno a-t-elle un avantage économique intrinsèque (LCOE, rendement, coût opérationnel) indépendamment des subventions ? Si oui, vent arrière. Si non, vous êtes dépendant du politique, ce qui est dangereux.

Deuxièmement : votre cycle de vente cible est-il corporate ou fédéral ? Les ventes corporates sont insensibles aux rotations politiques. Les ventes fédérales le sont beaucoup. Si 80 % de votre pipeline dépend d’agences fédérales, vous avez un risque concentré.

Troisièmement : avez-vous modélisé un scénario à -50 % de crédits IRA ? Si vous ne l’avez pas fait, c’est le travail de la semaine prochaine.

Quatrièmement : pouvez-vous entrer sur le marché US par 2-3 États leaders (CA, NY, MA, TX) plutôt qu’en “coverage national” ? Ça divise votre risque politique par 3 et votre coût d’implantation par 2.

Si vos 4 réponses sont “oui”, alors l’instabilité politique fédérale ne doit pas vous faire reculer. Elle doit vous rendre plus discipliné dans votre stratégie.

Le fond du sujet, en une phrase

L’Amérique sur le climat, c’est une équation à 3 niveaux : fédéral (instable), État (fort), corporate (aligné). Les cleantechs qui réussissent en 2026 construisent leur thèse d’investissement sur les niveaux 2 et 3, et traitent le niveau 1 comme un bonus — pas comme un prérequis.

Si vous préparez une implantation ou si vous la mettez en pause à cause de l’incertitude politique, je vous propose une discussion d’une heure pour faire le tri entre ce qui est vraiment du bruit médiatique et ce qui doit changer concrètement dans votre stratégie. Le cadre global pour réussir une implantation cleantech, vous le trouverez dans notre guide complet sur l’implantation cleantech aux États-Unis. Pour un diagnostic plus ciblé, réservez 30 minutes ici.

Le CEO du déjeuner ? Il a relancé son projet texan en mars 2026. Après avoir rebâti sa thèse sans compter sur les crédits fédéraux. Il m’a dit : “Ton exercice des 3 scénarios m’a fait comprendre qu’on s’était menti à nous-mêmes.” Parfois c’est ça, la vraie valeur d’un regard externe.

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