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Private equity cleantech deals USA : pourquoi les industriels français sont devenus des cibles

Private equity cleantech deals USA : pourquoi les industriels français sont devenus des cibles

Quand un de mes clients m’a montré la liste des dix plus grosses opérations de private equity dans la cleantech américaine en 2024, il m’a dit : “Christina, je connais peut-être trois noms d’acquéreurs dans cette liste. Comment veux-tu qu’on se positionne sur ce marché ?” Légitime. Le monde du private equity cleantech deals aux États-Unis est devenu si massif et si rapide que beaucoup de dirigeants français passent à côté d’opportunités stratégiques évidentes.

Cet article décortique ce qui s’est passé sur le marché PE cleantech américain ces deux dernières années, pourquoi ça change la donne pour les industriels français, et ce qu’il faut savoir si vous êtes potentiellement vendeur, acquéreur, ou partenaire de PE américains.

Le PE américain a massivement investi dans la cleantech depuis 2022

Quelques données pour fixer l’ordre de grandeur. Selon les rapports compilés par Pitchbook et l’American Investment Council, les fonds de private equity américains ont déployé plus de 75 milliards de dollars sur des deals cleantech ou liés à la transition énergétique entre 2022 et 2024. C’est trois fois plus que sur la période 2018-2020.

Les acteurs majeurs : Brookfield (qui a levé en 2024 un fonds dédié transition énergétique de 28 milliards), KKR Global Impact, Blackstone Energy Transition Partners, TPG Rise Climate (le plus actif), Apollo Sustainability Energy, Carlyle Renewable Energy, BlackRock Diversified Infrastructure, Macquarie Infrastructure and Real Assets. Plus une trentaine de fonds plus petits mais très actifs.

Ces fonds achètent quoi ? Plusieurs typologies de cibles. Des plateformes de développement renouvelable (parcs solaires, éolien onshore, stockage). Des fabricants d’équipements scaleup avec EBITDA solide. Des fournisseurs de services techniques (EPC, O&M, ingénierie). Des plateformes logicielles cleantech à maturité commerciale prouvée.

Pour un industriel français qui se demande s’il existe des “exits” américains à gros multiples sur la cleantech, la réponse est sans ambiguïté : oui, et le pipeline d’acheteurs est dense.

Les multiples observés en 2024-2025

Voici les ordres de grandeur que je vois passer sur les deals que j’observe ou que j’analyse pour des clients.

Sur des plateformes de développement renouvelable matures avec un pipeline de plusieurs gigawatts : multiples EBITDA de 10-15x, parfois plus pour les acteurs leaders. Ce sont des deals de plusieurs centaines de millions à plusieurs milliards.

Sur des fabricants d’équipements cleantech avec EBITDA de 30-100 M$ et trajectoire de croissance de 25 %+ : multiples EBITDA de 8-12x. Avec un earn-out conditionné à la performance future souvent.

Sur des fournisseurs de services techniques (O&M, EPC) avec EBITDA prévisible : multiples plus modestes, 6-9x EBITDA, mais transactions plus rapides et plus prévisibles.

Sur des plateformes logicielles SaaS cleantech avec ARR de 20 M$+ et net retention de 110 %+ : multiples ARR de 4-8x, qui peuvent monter à 10x sur des actifs hyper-stratégiques.

Ces multiples sont supérieurs à ceux observés en Europe sur des actifs comparables, parfois de 30 à 50 %. C’est une donnée importante quand un industriel français évalue ses options de cession.

Pourquoi le PE américain regarde la cleantech française

Beaucoup de PE américains ont commencé à scruter activement les industriels cleantech européens depuis 2023. Trois raisons principales.

Première raison : leur thèse de transition énergétique transatlantique. Beaucoup de fonds comme TPG Rise Climate, Brookfield ou KKR Global Impact ont une mandate explicite pour investir aux US ET en Europe. Ils ont des équipes basées à Londres ou Paris qui sourcent des deals européens.

Deuxième raison : la valorisation. Les actifs cleantech européens se vendent souvent 20-40 % moins cher que leurs équivalents américains. Pour un PE qui peut ensuite les “scale” sur le marché américain où les prix de sortie sont plus élevés, c’est une équation arbitrage gagnante.

Troisième raison : la qualité technologique. Beaucoup de fonds américains me disent que les cleantechs françaises ont une qualité d’ingénierie élevée mais une exécution commerciale qui peut être améliorée par un fonds avec des ressources US. Ils achètent une tech française pour la commercialiser massivement aux US.

Une PME normande dont je m’occupais en 2024 a reçu en 8 mois trois approches non sollicitées de fonds américains, alors qu’elle ne cherchait pas activement à céder. Ce n’est pas un cas isolé. Si vous êtes leader dans une niche cleantech avec un EBITDA solide, attendez-vous à être appelé.

Les deals emblématiques que je suis depuis 2024

Sans donner de noms confidentiels, voici quelques typologies d’opérations qui marquent le marché.

Build-up de plateformes solaires utility-scale : un fonds américain rachète 3-5 développeurs solaires régionaux et les fusionne pour créer une plateforme nationale de plusieurs gigawatts. Investissement initial : 200-500 M$. Sortie projetée à 5 ans : 1-3 milliards. Ces deals se font très souvent en collaboration avec des opérateurs européens d’expérience comme partenaires opérationnels.

Acquisition de fabricants européens pour scaler aux US : un fonds américain rachète une PME européenne avec une bonne techno, finance l’ouverture d’usines américaines, et capte les crédits IRA pour amortir l’investissement. Plusieurs deals de ce type en 2024-2025 dans les batteries, l’hydrogène, le solaire en couches minces.

Take-private de sociétés cotées européennes en difficulté : quelques cas en 2024 où des PE américains ont profité de la décote des cleantechs cotées européennes pour les retirer du marché et les restructurer. Ces deals sont opportunistes mais bien réels.

Refinancements de croissance : des fonds qui injectent du capital dans des cleantechs en croissance pour financer l’expansion US sans forcément prendre le contrôle. Une variation de la croissance equity, intéressante pour les fondateurs qui veulent garder la main.

Pourquoi un dirigeant français devrait s’y intéresser activement

Plusieurs raisons concrètes, peu importe que vous soyez vendeur potentiel ou pas.

D’abord, parce que comprendre comment le PE américain valorise et structure ses deals vous donne une grille de lecture précieuse pour votre propre stratégie. Si vous savez ce qu’un PE serait prêt à payer pour votre boîte dans 3 ans, vous prenez de meilleures décisions aujourd’hui.

Ensuite, parce qu’un PE américain peut être un partenaire stratégique sans devenir acquéreur. Une prise de participation minoritaire de 20-30 % avec un board seat peut financer votre expansion US sans céder le contrôle. C’est une option que beaucoup de dirigeants français découvrent tard.

Enfin, parce que les PE américains sont désormais des acheteurs de premier rang pour les exits cleantech européens. Si votre stratégie de moyen-long terme inclut une cession, le PE américain doit être dans votre liste d’acquéreurs cibles.

Comment se faire connaître des PE cleantech américains

Voici une approche pratique que je recommande aux dirigeants français qui veulent ouvrir cette piste.

Étape 1 : identifiez les fonds qui ont déjà fait des deals dans votre verticale techno. Pitchbook, Mergermarket, Renewable Energy World et Bloomberg sont les sources de référence. Une fois la cartographie faite, regardez qui sont les responsables sectoriels (energy partners, sustainability principals).

Étape 2 : participez aux conférences sectorielles où ces fonds sont actifs (BloombergNEF Summit, CERAWeek, Reuters Energy Transition, S&P Global Power Markets, Energy Storage Summit). Pas pour pitcher, pour être visible et discuter informellement.

Étape 3 : faites-vous référencer par les banques d’affaires sectorielles. Les boutiques M&A spécialisées énergie (Marathon Capital, CRC-IB, Stifel Partners on Energy, Lazard sustainable infrastructure) connaissent les acquéreurs PE et peuvent vous mettre en relation. Une visibilité chez 3-4 boutiques suffit.

Étape 4 : ayez un teaser confidentiel d’une page prêt en permanence. Pas un memorandum de cession. Un teaser qui présente votre boîte, vos chiffres clés, votre positionnement, votre marché. Quand un PE vous appelle, il ne va pas vous laisser 3 mois pour répondre.

Le mot de la fin sur le PE cleantech américain

Le marché du private equity cleantech deals aux États-Unis est entré en 2025 dans une phase de maturité accélérée. Les multiples sont élevés, les acquéreurs sont nombreux, et la fenêtre d’opportunité pour les industriels européens est ouverte. Pas indéfiniment — beaucoup d’analystes (PwC, McKinsey) anticipent un ralentissement progressif des multiples vers 2027-2028 à mesure que les premières fenêtres IRA s’épuisent et que le marché sature.

Pour les dirigeants français qui ont construit des actifs cleantech solides depuis 10-15 ans, c’est probablement la fenêtre la plus favorable pour réfléchir à un partenariat ou une cession américaine. Pas par opportunisme — par discipline stratégique.

Le contexte plus large d’une présence américaine cleantech, vous le trouverez dans le guide complet sur l’implantation cleantech aux États-Unis. Si vous voulez qu’on regarde votre positionnement face au marché PE américain, ou si vous avez reçu une approche que vous ne savez pas comment évaluer, prenez 30 minutes ici. Je vous donnerai une lecture sans détour, sans commission cachée d’aucun fonds, parce que ce n’est pas mon métier d’introduire des deals.

Mon client de l’intro qui ne connaissait que trois noms ? On a passé une heure à décortiquer la liste, et on a identifié deux fonds qui correspondaient parfaitement à sa thèse de partenariat. Il a pris contact avec l’un d’eux fin 2024. Discussion en cours. À suivre.

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