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Visa pour le conjoint d’un dirigeant : a-t-il le droit de travailler

visa pour le conjoint d'un dirigeant, par Christina Rebuffet

Le visa pour le conjoint d’un dirigeant ouvre-t-il le droit de travailler aux États-Unis ? Dans la plupart des cas liés à une implantation, oui. Les conjoints de titulaires E-1, E-2 et L-1 sont autorisés à travailler du seul fait de leur statut. D’autres catégories, en revanche, imposent une démarche supplémentaire ou ferment complètement la porte.

Cette question revient dans presque chaque dossier que j’accompagne. En effet, elle n’a rien d’anodin. Bien souvent, la décision de traverser l’Atlantique se joue entièrement sur la réponse.

D’ailleurs, je vois régulièrement des projets solides caler pour cette seule raison. Le dirigeant est prêt. Son conjoint, lui, ne veut pas mettre sa carrière en pause pendant trois ans.

Ce que couvre réellement le visa pour le conjoint d’un dirigeant

Commençons par une clarification utile. Il n’existe pas de visa autonome portant ce nom. En pratique, le conjoint obtient un statut dérivé, rattaché au visa principal du dirigeant.

Concrètement, le conjoint d’un titulaire E-2 reçoit lui aussi un E-2. De même, celui d’un L-1 reçoit un L-2. La lettre reste la même, le rôle change.

Ce statut dérivé donne le droit de résider aux États-Unis pour la durée du visa principal. Par ailleurs, il permet aussi d’y étudier sans démarche additionnelle. Le droit de travailler, lui, dépend entièrement de la catégorie.

Un statut lié, donc fragile

Un point que j’insiste toujours à expliquer en amont : le statut du conjoint suit celui du dirigeant. Un visa pour le conjoint d’un dirigeant n’a donc pas d’existence propre. Si le visa principal tombe, le statut dérivé tombe avec lui.

Notons également que cela vaut en cas de divorce. C’est rarement le sujet dont on veut parler au moment de préparer un départ, mais mieux vaut le savoir avant qu’après.

Les conjoints E-1, E-2 et L-1 peuvent travailler librement

Voilà la bonne nouvelle, et elle concerne l’immense majorité des dirigeants français que j’accompagne. Depuis un changement de politique de l’USCIS entré en vigueur en novembre 2021, les conjoints E et L sont autorisés à travailler du seul fait de leur statut.

Autrement dit, ils n’ont plus besoin de demander un document d’autorisation de travail séparé. Auparavant, il fallait déposer un formulaire I-765 et patienter plusieurs mois. Cette étape a disparu.

Depuis ce changement, le document I-94 délivré à l’entrée porte une mention spécifique. Les codes utilisés sont E-1S, E-2S et L-2S. Ce I-94 annoté sert directement de preuve d’autorisation de travail auprès d’un employeur américain.

C’est un détail administratif, mais il change tout dans la pratique. Ainsi, le conjoint peut être embauché dès l’arrivée, sans attendre.

Aucune restriction d’employeur ni de secteur

Le point souvent mal compris : cette autorisation est totalement ouverte. Concrètement, le conjoint peut travailler pour n’importe quel employeur américain.

De plus, il peut travailler à temps partiel, changer d’employeur, ou créer sa propre activité. Aucune obligation de rester lié à l’entreprise du dirigeant. Aucune restriction sectorielle non plus.

Dans mon expérience, cette liberté pèse énormément dans l’acceptation familiale du projet. Un conjoint qui garde sa trajectoire professionnelle est un conjoint qui soutient l’implantation sur la durée.

Les conjoints H-1B relèvent de règles bien plus strictes

Le tableau change nettement avec le H-1B. Un visa pour le conjoint d’un dirigeant titulaire d’un H-1B obéit en effet à une autre logique. Ici, le conjoint reçoit un statut H-4, et ce statut n’ouvre pas automatiquement le droit de travailler.

Pour obtenir une autorisation, le conjoint H-4 doit remplir une condition précise. Le titulaire du H-1B doit avoir une pétition I-140 approuvée, autrement dit être engagé dans un processus de carte verte.

Ensuite seulement, le conjoint peut déposer un I-765 et attendre son document d’autorisation de travail. Les délais de traitement varient, et la période d’attente peut être longue.

Beaucoup de familles françaises découvrent cette contrainte tardivement. C’est précisément pourquoi le choix du visa principal mérite d’être réfléchi en amont, avec le projet familial dans l’équation.

Les conjoints O-1 et B-1 ne peuvent pas travailler

Le O-1, réservé aux personnes disposant de compétences extraordinaires, ouvre un statut dérivé O-3 pour le conjoint. Ce statut O-3 ne donne aucun droit de travailler aux États-Unis.

Certes, le conjoint peut résider sur place et, sous conditions, suivre des études. Toute activité rémunérée reste interdite tant qu’il n’obtient pas un statut distinct.

Même logique pour un séjour en B-1 ou B-2. Ces visas de visiteur excluent tout travail, pour le titulaire comme pour son accompagnant.

La solution du statut indépendant

Il existe cependant une alternative que je recommande d’étudier sérieusement. En effet, le conjoint peut demander son propre visa de travail, indépendamment du dirigeant.

Un conjoint avec un profil qualifié peut par exemple viser un H-1B via un employeur américain. De son côté, un conjoint entrepreneur peut envisager son propre E-2 s’il investit dans une activité distincte.

Cette voie demande plus de préparation. Elle sécurise en revanche le projet familial, puisque le statut ne dépend plus du visa du dirigeant.

Le numéro de sécurité sociale, étape à ne pas sauter

Avoir le droit de travailler ne suffit pas. Sans numéro de sécurité sociale américain, aucun employeur ne pourra vous verser un salaire dans les règles. Un visa pour le conjoint d’un dirigeant ne dispense évidemment pas de cette formalité.

Le conjoint autorisé à travailler doit donc en faire la demande auprès de la Social Security Administration après son arrivée. Pour cela, il faut présenter le passeport, le visa et le I-94 annoté.

Toutefois, prévoyez plusieurs semaines. Ce délai administratif surprend souvent, et il retarde des prises de poste pourtant déjà signées.

Comment j’aborde ce sujet dans un projet d’implantation

Quand j’accompagne un dirigeant sur son implantation américaine, je pose la question du conjoint dès le premier échange. Pas à la fin, au début.

La raison en est simple. Le choix entre un E-2 et un autre montage n’est jamais uniquement fiscal ou juridique. En réalité, il engage la vie de toute une famille pendant plusieurs années.

Un dirigeant qui choisit un E-2 offre à son conjoint une liberté professionnelle immédiate. Le même dirigeant passé par une autre voie peut découvrir, une fois installé, que son conjoint est bloqué.

Par ailleurs, ce paramètre influence aussi le choix de la ville. Un conjoint qui travaille dans la santé ou la tech n’aura pas les mêmes options à Austin, à Boston ou en Caroline du Nord.

Quelques questions à trancher avant de déposer un dossier

  • Le conjoint souhaite-t-il travailler dès l’arrivée, ou après une période d’adaptation ?
  • Son métier suppose-t-il une licence professionnelle américaine ?
  • Peut-il négocier un télétravail depuis les États-Unis pour son employeur actuel ?
  • Le projet familial supporte-t-il un revenu unique pendant douze à dix-huit mois ?

Ces quatre questions règlent la plupart des mauvaises surprises. Ainsi, elles prennent une heure à traiter, et elles évitent des mois de blocage.

Ce qu’il faut retenir sur le visa pour le conjoint d’un dirigeant

Résumons simplement. Avec un E-1, un E-2 ou un L-1, le conjoint travaille librement, sans autorisation supplémentaire à demander.

Le titulaire d’un H-1B, en revanche, devra attendre une I-140 approuvée avant que son conjoint dépose sa propre demande. Avec un O-1 ou un visa de visiteur, il ne pourra pas travailler.

Le visa pour le conjoint d’un dirigeant n’est donc pas un détail de dossier. C’est un critère de décision à part entière, au même titre que la structure juridique ou l’État d’implantation.

Si vous préparez votre départ, je vous invite à consulter mon guide sur les visas E-2, E-1 et L-1 pour dirigeants français. Vous y trouverez les critères d’éligibilité détaillés de chaque catégorie.

Pour anticiper les points de friction, ce billet sur le refus de visa au titre du 214(b) vous sera utile. Et si votre situation sort du cadre standard, voyez dans quels cas un avocat en immigration devient indispensable.

Les informations officielles sur les autorisations de travail des conjoints sont publiées par les services américains de l’immigration, consultables sur le site de l’USCIS.

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Vous pouvez aussi découvrir la méthode que j’ai développée après vingt ans passés entre la France et les États-Unis.

Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil en immigration. La réglementation évolue régulièrement. Je vous recommande de consulter un professionnel qualifié en droit de l’immigration américaine pour votre situation spécifique.

Christina Rebuffet-Broadus

À propos de Christina Rebuffet-Broadus

Je suis Christina Rebuffet-Broadus, et je me définis comme un "strategic operator" France<-->USA. Après avoir accompagné plus de 40 PME et ETI à conquérir le marché américain, j’ai une conviction : une stratégie ne vaut que si quelqu’un la porte sur le terrain avec vous. C’est exactement ce que je fais, et j’ai contribué à la génération de plus de 2Md$ de chiffre d’affaires pour mes clients. J’anime également le podcast "Crossing the Atlantic", et j’écris actuellement une série de livres sur l’impact de l’interculturalité sur la réussite des projets transatlantiques.

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